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#3 “Pourquoi nous ne sauverons pas le monde de derrière nos machines….ou justement si!”

Dernière mise à jour : 30 oct.

Pourquoi le Couture Club, au final? Pourquoi apprendre à raccommoder, surjeter, à fabriquer des beaux vêtements? Pourquoi vouloir se mettre à la couture? Facile : car on adoooooore tous ces beaux tissus vintage et colorés, bien sûr! Car c’est magnifique d’être capable de se confectionner ces petites merveilles qui brilleront fièrement dans nos armoires! Eh puis, admettons-le, c’est vraiment beaucoup trop stylé de, après avoir reçu un compliment, savoir rétorquer “et en plus….c’est moi qui l’ai fait!”.


Mais au-delà de cette passion-couture, se cachent également des réflexions environnementales et sociales : vouloir se dissocier de cette industrie du textile aux ravages sociaux et environnementaux. Rien de plus honorable! Mais ne vous êtes-vous jamais retrouvé.e, posé.e dans votre salopette/chemise/pantalon fraichement cousu.e, sirotant un thé ou un café fumant dans votre écocup que vous aviez acheté dans votre totebag en coton 100% recyclé à vous demander “voilà, est-ce donc cela? Vas-t'on changer le monde ainsi?”.


Plongeons-nous ensemble au coeur du thème de colibrisme (terme tiré de la légende du Colibri, traduisant la philosophie, défendue notamment par Pierre Rabhi selon laquelle comme le colibri “tout le monde doit faire sa part” pour sauver la forêt en feu, métaphore de notre planète qui se réchauffe plus vite qu’une Pasta Box Delhaize https://tempspresents.com/2021/12/15/le-vrai-faux-mythe-du-colibri/) afin de réfléchir ensemble aux actions individuelles et leur portée dans le cadre la lutte environnementale et afin de vous présenter l’opinion que le Couture Club défend à leur égard.


Ce blog post est également grandement inspiré du texte éclairant de Michael F. Maniates au titre éloquent “Individualization : Plant a Tree, Buy a Bike, Save the World?” dont nous vous recommandons chaudement la lecture.


Nous sommes nombreux à être conscients et au courant des catastrophes environnementales et à vouloir y faire quelque chose. Encore plus nombreux sont les “supers” slogans greenwashé et les objets de consommation ou modes de vies qui nous sont vendus pour y remédier : acheter ce super éco-aspirateur, payez pour compenser vos émissions CO2 de votre vol en plantant des arbres au Nicaragua, mangez bio/végane/local, déplacez-vous en cette super nouvelle SUV/trotinette électrique,... Il y en a pour tous les goûts, tous les publics et toutes les convictions. Il est intéressant pour notre réflexion de comprendre ce qui se cache derrière de telles injonctions.


Le concept utilisé par Maniates de “environmental imagination” aide grandement à cela. Il le définit comme “notre capacité collective à imaginer et poursuivre une variété de réponses (individuelles, collectives, institutionnelles) et solutions aux soucis environnementaux” et indique avec celui-ci les dangers de mettre l’accent uniquement sur les petits actes individuels et sur la croyance que c’est en se cousant notre garde-robe de rêve et en boycottant H&M que nos soucis environnementaux se résoudront.


Effectivement, comprendre que tout un lobby de production et de consommation a tout intérêt à nous vendre une éco-révolution indolore en achetant des pailles en acier et en nous faisant passer la crise environnementale comme le résultat de manquements individuels et avec, pour solutions, des actes tout aussi individuels. Pourquoi?


Premièrement car individualiser les problèmes en invectivant les citoyens, retire entièrement la responsabilité des Etats, des institutions, des élites et des grands groupes de producteurs qui tiennent bel et bien les rênes de notre monde.


Deuxièmement car définir les problèmes et solutions ainsi vient efficacement, dangereusement et inconsciemment grignoter et limiter notre imagination environnementale. Nous finissons par seulement envisager des solutions individuelles de consommation et de modes de vie en oblitérant totalement des réflexions plus larges, plus globales, plus systémiques et les actes collectifs et institutionnels qui ont, eux, le réel potentiel de changer les choses.


Pour citer Maniates : “When responsibility for environmental problems is individualized there is little room to ponder institutions, the nature and exercise of political power, or ways of collectively changing the distribution of power and influence in society- to, in other words “think institutionally”


Il s’agit donc pour nous, individus, de ne plus se laisser définir comme simples consommateurs, mais de reprendre nos places en tant que citoyens, ayant le droit, la responsabilité et même l’obligation envers nous-même, notre belle Planète, les papillons, les mille-pattes et les montagnes, de participer à un débat réellement démocratique et de guider les changement politiques et les institutions qui nous gouvernent.


Mais qu’en est-il alors de nos petites actions individuelles? Qu’en est-il de mon envie de ditcher Asos et de me coudre ma propre banane pour éviter le micro-désastre qu’une banane Zara peut constituer? Eh bien, nous pensons fermement que chaque micro-désastre est déjà à éviter et que c’est déjà ça de gagné,. Chaque vie compte et mérite protection. Nous pensons fermement, que vivre selon ses valeurs et ses principes et selon un mode de vie qui collerait mieux au monde qu’on aimerait voir naître, fait du bien et ça, il n’y a aucun mal, c’est même génial! Encore plus génial, sont toute l’inspiration, les discussions et les réflexions en tous sens que tous ces actes peuvent provoquer. Politiser ces actes et les inscrire dans un contexte plus large, dépassant largement notre niveau individuel et dans un imaginaire environnemental collectif et résistant leur fait prendre tout leur sens.


Alors non, raccommoder votre jeans ou surjeter la doublure de votre nouvelle veste matelassée (eh, on vous a dit y a un Atelier pour cette merveille au Couture Club? Foncez voir sur le site uhu), ne changera pas forcément la face de la planète. Mais faire de tous ces fils passés en aiguilles, ces boutons cousus, ces ronronnements de machines, ces pédales actionnées autant d’actes de révoltes et de toutes ces compétences et savoirs des outils pour nourrir des réflexions et un mouvement de résistance nous dépassant tous, ASSUREMENT, SI!


A dimanche prochain!


Citation et pour aller plus loin : Michael F. Maniates; Individualization: Plant a Tree, Buy a Bike, Save the World?. Global Environmental Politics 2001; 1 (3): 31–52. doi: https://doi.org/10.1162/152638001316881395

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