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#23 êtes-vous un.e activiste?

Dernière mise à jour : 31 mai 2023

Salut la compagnie!

J’espère que les vacances de Pâques fûrent bienfaisantes!

On entame la dernière ligne droite de ce semestre et dans les prochains blog posts, on va se concentrer sur les questions suivantes :


“Qu’est-ce qu’un.e activiste?” Comment peut-on le définir? Qu’est-ce que cela implique d'être un.e activiste? Quel mode de vie ont-ils/elles? Pourquoi le font-ils/elles?

Cela fait un bon moment que je réfléchis à la question. Je pense activiste, je pense résistant.e, zapatiste, zadiste, féministe,.... J’écris (enfin… j’essaye) actuellement mon mémoire sur le statut et la protection légale des défenseur.se (de droits humains de) l’environnement cités par les Conventions internationales d’Aarhus et de Escazú qui visent à protéger mieux les droits environnementaux des citoyens (accès à l’information environnementale, droit de participation dans les processus de décision et accès à la justice environnementale). Mais même là il semble avoir un manque total de définition claire et unanime. Réfléchissons-y ensemble!


Définition homemade

Bon, la théorie importe peu au final, pas vrai? Mais si je devais tenter d’expliquer par mes propres mots ce que j’entends par activiste cela serait une personne qui fait preuve d’une remise en question du système soiétal actuel et tel que nous l’avons déjà beaucoup critiqué (capitaliste, eco-suicidaire, patriarcal,raciste, classiste,...) et met en oeuvre des actions pour tenter de le changer. J’ajouterais aussi dans cette définition homemade, le terme d’articulation des luttes qui décrit le fait que, qu’on soit en lutte contre le capitalisme, le patriarcat, le racisme, les méga-projets, la destruction de l’environnement, le réchauffement climatique,....toutes ces luttes font partie d’une résistance générale contre le même système qui crée toutes ces injustices à la fois, car elles sont toutes liées. Alors que nous sommes chacun trop petits pour s’engager individuellement sur tous les fronts, il me semble qu’il s’agit de choisir sa lutte et joindre ses forces à l’effort collectif.J’ai toujours bien aimé l’idée qu’en plus de faire ce choix, nous avons tous nos talents et compétences propres qui nous permettraient d’être activiste d’une manière ou d’une autre. A mes yeux, il y a un constat de base à faire à partager et un esprit critique à entretenir, et nous avons, ensuite, tous le devoir de découvrir nos forces et de les mettre au service d’un monde meilleur. L’activisme peut ainsi, se cacher dans un Couture Club où on remet en question la fast fashion, dans le fait d’avoir un potager pour gagner en autonomie, dans le refus de l'avion, dans l’écriture de chansons engagées, dans des professeurs qui donnent matière à réflexion,...Il existe déjà des typologies entières sur les différentes modes d’actions, ainsi que sur leurs avantages et désavantages. A mes yeux, ils sont tous nécessaires et participent à un mouvement général de résistance. Choisir le sien va également de pair, non seulement avec la connaissance de ses talents et compétences, mais également de ses possibilités et réalités concrètes. J’ai toujours senti qu’il y a également une question de privilège à voir là dedans (retour à l’anecdote du chauffeur de taxi au seuil de la pauvreté qui voulait s’engager décrit dans le blogpost #21).Je me suis aussi déjà dit que notre façon de nous engager peut évoluer selon nos phases de vie.


L’action directe?

Décréter quel type d’action est la plus efficace est une question épineuse de laquelle j’adore débattre. Il y a les questions d’actions violentes et non-violentes, visibles et non visibles,... et j’aime l’idée qu’elles sont toutes nécessaires afin de donner une place à chacun et qu’elles participent toutes à un grand mouvement de résistance. En plus de personnes “sur le front”, chaque résistance a besoin de personnes qui soignent, qui enseignent, qui nourrissent, qui soutiennent moralement,... Je ressens pourtant, un profond respect et une admiration pour ces personnes qui sacrifient leur confort, leur sécurité personnelle et investissent énormément de leur temps et énergie dans des actions plus grandes, concrètes et directes pour frontalement s’opposer au système et ses pouvoirs ou projets. Aussi les personnes qui publiquement osent s’exprimer à l’encontre du système et qui opposent leur personne, à l’aide leurs voix, leurs corps, leurs présence sur les médias au système. C’est à elles que je m’intéresse beaucoup dernièrement.

Je me suis personnellement sentie le plus activiste à plusieurs moments de de ma vie et chacun d’eux ont nourri des réflexions qui, je pense, m’ont fait grandir dans mon engagement environnemental :

  • Premièrement quand j’ai eu le plaisir de présider l’Ecokot, le Kot à Projet à cause environnementale de l’Université Saint-Louis. On organisait des conférences, des soirées débats palpitantes, des ateliers zéro déchet, et on a même construit un mini potager sur la terrasse de notre résidence étudiante. C’était aussi le temps des grandes marches pour le Climat à Bruxelles. Je me suis pourtant vite dit que tout cela était bien mignon, mais que cela restait dans un cadre bien institutionnel et organisé, j’avais peur que cela ne changerait peut-être pas réellement les choses.

  • A ce même moment nous nous sommes, avec quelques amis, intéressés à la Zone à Défendre d’Arlon, la Zablière. Celle-ci luttait contre la destruction d’une forêt au profit de la construction d’un grand parc économique. Les zadistes s’étaient installés dans la forêt, y avaient construit des cabanes et toute une micro-société alternative dans laquelle ils vivaient. Quand la police a débarqué en pleine nuit, armée jusqu’aux dents pour les embarquer et tout détruire, j’ai eu les mêmes pensées que celles que j’ai quand je vois les manifestations taxées de violences policières flagrantes : quand le système sort ses canons à eau, flashballs, soldats, boucliers et matraques sur des citoyens désarmés qui expriment leurs désaccord c’est que les actions réprimées ont réellement dérangés pour leur ampleur et leurs revendications. Jamais on ne va me mettre en prison parce que j’écris ce blog ou pour construire un potager (et encore, nous avons la chance de vivre dans un système “démocratique” avec un minimum de liberté d’expression garantie), car c’est petit, cela ne dérange pas réellement, ne met pas réellement le système en péril. Il y a même des théories qui disent que ces actions pacifiques ont cela de “mal” et de contreproductif qu’elles donnent la fausse impression que la cause est prise en charge et qu’ainsi, elles “rendorment” les citoyens inquiets, sans réellement changer quelque chose. Je laisse la question ouverte.

  • Et dernièrement, durant le Tribunal pour les Droits de la Nature à l’encontre du Train Maya que je vous ai déjà amplement raconté dans les blog posts #19 et #21. Selon le rapport du Global Witness “ A Decade of Defiance. Ten years reporting land and environmental activism worldwide”, le Mexique est tout en haut de la liste des pays les plus meurtriers en ce qui concerne les activistes environnementaux. Je l’ai ressenti énormément quand une communauté Maya entière a été empêchée par un groupe de militaires de se rendre au Tribunal. Là-bas j’ai rencontré des avocat.e.s, des biologistes, des agriculteurs.trices, des sociologues, des mères et pères de familles, des étudiantes et des plus jeunes que moi qui avaient décidé de dédier leurs expertise, leur énergie, leur temps, leur amour à la défense de leur territoire contre ce Train Maya et toutes les injustices et destructions environnementales que ce dernier engendre.

Au cours de toutes ces expériences, je me suis toujours sentie si impressionnée par ces personnes. Et vient toujours la grande question : “Et pourquoi pas moi? Pourquoi est-ce que d’autres personnes se sacrifieraient pour des causes qui me concernent tout autant alors que je reste dans ma petite bulle sécure et privilégiée? Seulement car moi j’ai le choix?”. J’ai un ami qui n’a de cesse, quand je lui fais part de mes questions et angoisses existentielles, de me répéter que ce n’est pas une question individuelle. Pourtant, comme je l’ai déjà exposé dans le blogpost #20, je pense que tout engagement dans le grand mouvement collectif, il s’agit de se poser ces premières questions qui concerne notre petite personne.

Comme déjà dit, je me suis déjà posée un tas de questions durant mon humble “carrière activiste”. Les difficultés que j’ai rencontré jusqu’ici sont les suivantes :

  • Une peur pour ma propre sécurité. Lors de ma participation à certaines manifestations ou à la ZAD ou encore à ce Tribunal où le risque de violences policières et de répression est réel, j’ai déjà réellement senti une boule de peur dans le ventre.

  • Le jugement des autres. Nombre de fois que je me suis déjà faite traiter de bobo, de radicale ou extrémiste ou même encore d’inconsciente par des personnes fermées à la discussion et qui ne veulent tout simplement pas comprendre. J’ai heureusement appris à faire peu de cas de ces personnes là. Même si c’est dur car j’aime penser qu’il faut inclure tout le monde dans la lutte et qu’il m’est très difficile de lâcher prise, il faut choisir son combat et investir son énergie là où c’est utile.

  • Là où cela se complique c’est quand il s'agit de personnes que j’estime intelligentes, que j’apprécie, que j’aime. J’ai déjà eu maintes discussions et des confrontations difficiles avec mes proches et surtout, mes parents. Quand ma maman inquiète me demandait si “j’étais bien dans la légalité” en participant dans ce Tribunal, je me suis sentie si frustrée. Que signifie la légalité si cela implique seulement de rester gentiment et poliment dans les catégories légales désignées par un système qui lui-même ne les respecte pas? Dans le cas du Tribunal : qu’est-ce qui était le plus légal : des citoyens qui se battent pour faire respecter leurs droits et leur environnement ou l'État mexicain qui détruit vie et nature et violent complètement le droit international et national? J’ai heureusement toujours pu compter sur une maman incroyable, ouverte, intelligente et qui m’a toujours soutenue. Mais il est vrai que gérer déjà ma propre inquiétude et ensuite celle de mes proches n’est pas facile.

Je considère que cette petite liste non-exhaustive reflète qu’une toute petite parcelle de la réalité d’être activiste car j’estime réellement que jusqu’à présent je n’ai été qu’une bébé-activiste. Je me pose encore énormément de questions et je suis très curieuse et intéressée par ces personnes et la bonne nouvelle est qu’est venue à moi l’opportunité d' obtenir des réponses. Dans le blogpost #22 où je vous raconte l’histoire assez incroyable des Zapatistes ici au Mexique, je vous ai également annoncé que j’ai été invitée à participer à la Caravane (en gros, un roadtrip activiste) El Sur Resiste qui unit un tas d'organisations, sympathisants et communautés activistes (dont les zapatistes) du Mexique pour terminer sur une grande Conférence internationale à San Cristobal de las Casas au Chiapas. Malgré une petite peur, je sens que des réponses m’attendent là et que c’est une opportunité à ne pas manquer. Alors bientôt j’arme mon sac à dos de good vibes, courage et volonté et je me mets en route avec une amie pour les rejoindre. Je compte prendre des photos et des notes de tout, poser des questions à toutes ces personnes qui, je sais déjà, seront super intéressantes, me faire du matériel de mémoire en faisant des petits entretiens (mais oui, voilà, enfaite c’est du terrain académique! C’est ça que je raconterai ici à mes profs pour louper les cours hehe) et ensuite…. tout vous raconter!

Et vous, activiste ou non?

Bon dimanche!


Pour aller plus loin :

Podcast sur le mythe de la non-violence de Floraisons : https://open.spotify.com/episode/7gKXW8rZU4a2XCbrOoi2qg?si=55b0018f408443e3

Le livre Deep Green Résistance Partie I qui inclut la typologie des modes d’actions et des réflexions intéresantes les concernant pour former son propre avis, paru aux Editions libres : https://www.editionslibre.org/produit/deep-green-resistance-un-mouvement-pour-sauver-la-planete-derrick-jensen-lierre-keith-et-aric-mcbay/

Le rapport de Global Winess A Decade of defiance. Ten years of reporting land and environmental activism worldwide” : https://www.globalwitness.org/en/campaigns/environmental-activists/decade-defiance/#mexico-decades-death-and-destruction

Le siteweb de la Caravane El Sur Resiste : https://www.elsurresiste.org/


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