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#22 Histoire de Résistance. Les Zapatistes du Chiapas

Dernière mise à jour : 14 juin 2023

Chers coudspains et coudspines,


Est-ce que ça vous est déjà arrivé qu’un certain thème ne fait que resurgir dans votre vie à plusieurs reprises et de diverses manières? Cela devient tellement flagrant que vous ne pensez plus qu’il puisse s’agir d’une coïncidence (c’est si chouette de croire au destin)!


Moi ça m’est arrivé avec le thème des Zapatistes. Depuis que mon départ pour le Mexique a été confirmé, plusieurs amis m’ont, avec beaucoup d’enthousiasme, recommandé de m’y intéresser. Depuis, Keny Arkana n’a pas cessé de me chanter ““l’espoir existe, regarde le noble mouvement zapatiste”, c’était un chapitre d’un de mes cours à l’Université, j’ai vu leurs slogans apparaître durant mes voyages et, pour terminer, j’ai été invitée à rejoindre l’un de leurs évènements en Avril.


Attends, attends, attends, “Les Zapa-quoi?!” vous pensez peut-être à présent. Pas d’inquiétude, l’Atelier Résistance de cette semaine est là pour vous raconter cette histoire de résistance ancienne et actuelle et pas des moins inspirantes! Et oui, on n’en finit pas avec les histoires de Résistance. Faut croire que ce pays aux milles couleurs duquel je ne fais que me passionner de plus en plus, en est pétri!


Voici donc en bref, une petit historique, les traits forts et les implications actuelles de ce qui est décrit comme “la plus importante expérience d'auto-gouvernement collectif de l’histoire moderne”. Vu l’ampleur des blogs posts précédents, je préfère garder celui-ci court et léger et vous renvoyer aux supers articles et vidéos desquels je me suis informée et qui mettent ce mouvement en image et sous mots plus éloquents que les miens.


Les Zapatistes tirent leur nom d’Emiliano Zapata, le révolutionnaire mexicain qui a servi de commandant à l’Ejercito Libertador del Sur (librement traduit : l’Armée Libératrice du Sud). Dans un contexte de dictature, c’est sous l’égide de son slogan “La tierra es para quien la trabaja” (la terre est pour ceux qui la travaillent) que ce paysan de Morelos a mené une guerre amère contre l’Etat fédéral jusqu’à son assasinat en 1919. Ceci en réaction contre les politiques libérales de confiscation et nationalisation des terres avec pour but de les redistribuer aux grands propriétaires terriens et investisseurs étrangers. Zapata lui, prônait un retour de ces terres aux paysans et villages mexicains.


Les années d’après n’ont pas été plus favorables pour les agriculteurs mexicains. En janvier 1994, l’Armée Zapatiste de Libération Nationale, s’organisant dans la jungle de Lacandone depuis un moment, s’est déployée publiquement pour activement dénoncer et refuser l’accord ALENA. Celui-ci était un accord de libre échange entre le Mexique, les Etats-Unis et le Canada qui marquait une fuite libérale en avant et des conséquences désastreuses pour les paysans mexicains.

La suite de l’histoire Zapatiste peut se résumer en 3 simples étapes :

  • 12 jours de guerres intense et sanglante entre l’Armée Zapatistes et les forces fédérales

  • 9 ans de négociation, résultant en les Accords de San Andrés sur les “droits et cultures indigènes” en 1996. Ceux-ci sont, cependant, restés lettre morte et aucune administration n’a tenu la promesse de les inclure dans la Constitution.

  • Depuis 2003, les Zapatistes se sont peu à peu désaffiliés de l’Etat fédéral, créant leurs propres communautés autonomes, nommées Caracolas.

La réalité Zapatiste aujourd’hui est celle d’⅓ de l’état du Chiapas qui, depuis 25 ans est sous leur influence et constitue une expérience authentique de fonctionnement anti-capitaliste. Les Zapatistes mènent une lutte pour :

  • Les droits et l’autodétermination des peuples du Mexique, ainsi que leur participation dans le processus démocratique

  • Une meilleure répartition des richesses

  • L’environnement. La force de ce mouvement et sa pertinence également pour le mouvement écologiste se trouve dans le fait que les Zapatistes voient en leurs terres, qu’ils cultivent, quelque chose de sacré et d’inappropriable. Étant donné qu’ils aspirent à l’auto-suffisance (dans le sens, avoir le contrôle sur leurs moyens de subsistance), la protection et la défense d’un environnement sain est l’une de leurs priorités clés. Ainsi, les zapatistes sont engagés également dans la lutte contres les mégaprojets destructeurs tels que le Tren Maya (retour au blogpost #19 et #20, vous voyez, tout est lié!).

  • Ils s’inscrivent également dans les valeurs de féminisme et d’anti-racisme autant dans leurs revendications que dans leur organisation propre.

La communauté Zapatiste se caractérise par :

  • 5 Caracoles, 38 communes autonomes et 1400 villages

  • Un organisation politique de démocratie directe

  • Une autosuffisance alimentaire

  • Un système propre de démocratie directe

  • un système propre d’éducation

  • un système propre de soin

  • un système propre de justice

→ Cet article du Monde Diplomatique décrit et explique de manière éloquente chacun de ces éléments : https://www.monde-diplomatique.fr/2017/06/CUSSET/57569.

→ Ce Youtubeur est allé lui-même visiter une des communautés et en a fait un reportage : https://www.youtube.com/watch?v=pYv6icqYW1U .

Le premier janvier 2021 les zapatistes ont publié leur “Déclaration pour la Vie” annonçant l’envoi d’une délégation pour une tournée dans le reste du monde afin de rencontrer les luttes des 5 Continents et de tisser des liens d'interconnexion? d’interconnaissances et d'échanges entre elles. Leur message est que la Résistance est un seul mouvement, une lutte mondiale pour l’Humanité contre le même système capitaliste. Leur but est de créer un seul et unique réseau pour lutter ensemble

→ Dans ce podcast, vous pouvez écouter deux femmes de cette délégation aux micro de Le Média, durant leur séjour en Europe, exprimant leur message : https://www.youtube.com/watch?v=XrjJSUHYlL0


Ce que j’ai trouvé absolument fou, c’est de me rendre compte qu’il y a là, dans ce pays, un territoire de la taille de la Belgique (la communauté Zapatiste entière est répartie sur un territoire de 28 000 km carrés) qui est organisé par un mouvement proposant un mode de vie, des valeurs et uns système aux antipodes de notre système global capitaliste. Il nous est devenu tellement difficile d’imaginer une alternative et pourtant, eux, ont réussi à la créer. Pourtant ils ne se leurrent pas : lors d’une interview l’un d’eux a déclaré :

“le capitalisme ne va pas s’arrêter. Ce qui s’annonce est une grande tempête. Ici, on s’y prépare en faisant sans lui”

L’expérience Zapatiste peut donc servir d’exemple à repenser entièrement notre système et l’avenir que nous voulons pour nous et notre Planète.

Ce qui est encore plus fou, c’est que dans quelques semaines je vais, si tout se passe bien, moi aussi aller les rencontrer dans le cadre d’une Caravane du “Sud Résiste” organisée, se terminant en une grosse conférence activiste à San Cristobal de las Casas. Ne vous inquiétez pas, je vous raconterai tout!

Bon dimanche!


Pour aller plus loin :



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